Archive for the ‘Randonnée nordique’ Category

Fous ta chapka !!! (sous un air de Michael Youn)

Dimanche, janvier 17th, 2010

D’abord il y a l’omble arctique. Le lendemain c’est yak grillé. Ensuite c’est truite lenok. Après, c’est à dire demain, il y aura pâtes, soupe russe et copeaux de viande à couper à même le glaçon qu’elle sera, est et a toujours été depuis son abattage il y a quelques mois.

Ainsi coule la vie, rude de froid mais douce pour tout le reste dans cette maison de bois aux confins mongols, au bord du lac Khuvsgul. Mélancolique ? Un peu trop pour être vrai. Comme de penser à la réputation de Thoreau sans s’être frotté à son âpre prose et à ses dures réalités.

Partis tous trois et pour diverses raisons, nos plans butent à une réalité qui s’avère bien plus forte que nos desseins particuliers. Cette aventure-ci ne se laisse pas apprivoiser et file de plus en plus entre nos doigts.

Par quoi commencer ? Par le factuel – c’est plus facile.

Nous attendons du matériel qui doit arriver par fourgon depuis Ulaanbaatar et qui n’arrive pas. Les pulkas d’abord mais nous avons trouvé des traîneaux ici. Les harnais, cordes, mousquetons et surtout des crampons sans lesquels une marche sur glace s’avère exercice d’équilibriste impossible au long cours.

Le froid ensuite. Nous nous sommes crus assez forts que pour vivre des nuits polaires d’affilée sous la tente avec un équipement réduit, “à la mongole”. Le fait est que les Mongols restent chez eux l’hiver, que la yourte est parfaitement adaptée et chauffable, que le cheval (à moins que la voiture ou la moto ?) est un moyen de transport bien plus rapide et fiable que la marche à pied. Nous ne sommes pas mongols et nous ne sommes pas forts.

Bref, une courte reconnaissance sur la glace puis deux jours et une nuit sous tente nous ont vus buter, trébucher et nous relever un peu plus humbles.

Après cela nous avons échafaudé des plans. Le premier était d’aller retrouver les Tsaatanes – les derniers 400 éleveurs de rennes, chamanisants et vivant sous tipi dans le confin sibérien de la région (”plus loin, tu meurs”). Mes ces derniers se font depuis quelques mois des véritables fortunes à louer leurs rennes à des nouveaux chercheurs d’or (c’est un scoop). L’hypothèse de se retrouver dans un Klondike illégal avec nos appareils photos et nos gueules de blancs nous a déplu et apeuré. Même à l’Est, le Far West n’est jamais vraiment loin.

Autre plan ? Oui et nous le suivons demain matin. 120km de jeep russe le long et sur le lac pour rejoindre au Nord les deux-tiers de sa rive Ouest et une presqu’île un peu peuplée : Dolon Uul, les Sept Montagnes. Camp de base et l’une ou l’autre randonnées de quelques jours dans les montagnes et à ses abords. Il y aurait été vu du loup, du chevrotin porte-musc, du glouton et autres élans et cerfs. A notre tour de nous improviser voyants

Faire, faire, faire. Rentabiliser un voyage pour diverses raisons. Que nous soyons ici depuis 2 ans, un an ou 2 semaines, cete impératif sonne trop fort. C’est peut-être même dommage sous certains points. Nous venons de passer de très belles heures à ne pas faire grand chose que de nous nourrir d’autre chose.

Voici pour le factuel. Après quoi je reprend le “je” pour poursuivre sans oser associer mes deux véritables ‘companeros’.

Après, je prend mon pied ici. Point de pollution gazeuse, sonore ou visuelle et juste une crève qui tarde à guérir.
Du temps à passer autour du poêle. Des livres à lire – Le Pape des Escargots, hautement recommandable en ces temps de non-sens post-moderne.
De la musique, de l’improbable salsa ou Ali Farka Touré. Julien qui chante et gratte sa guitare. D’interminables soirées à refaire le monde, à confronter du singulier si important à sa petite échelle. De très longues nuits d’un peu d’insomnie et de beaucoup de rêves.

Dehors il y a Tshimba, l’ami mongol, un peu gardien et très aidant. Sa femme Boloro et la fille de cette dernière. Ils offrent si souvent l’hospitalité sous leur yourte : le rituel thé-biscuit-télé.

Dehors c’est le permafrost et la chienne nouvellement baptisée Laïka qui grelotte, toute givrée mais reconnaissante qu’on lui soigne un peu sa maigreur.

Dehors il y a le lac. Le vent a soufflé un peu découvrant ses entrailles de glace. Le météorologue du coin parle de 70cm d’épaisseur déjà et s’accroissant rapidement. La glace est transparente, d’un bleu profond qui ferait entrevoir ses 224m de profondeur. Mais la masse est nervurée de fissures,  de cassures, de crêtes. La glace glisse comme savonnée mais ondule, ondoie. Lorsque les fissures ne sont pas profondes ou peu nombreuses, on a peur tant la glace semble fine et improbable, tant la transparence est forte. Alors c’est marcher sur l’eau, au milieu de l’océan et c’est effrayant.

Dehors il y a l’hiver et le froid, calme et introspectif. Le voilà peut-être le moteur de tout ce beau.

Après, dans quelques jours, là-dehors, il y aura la rencontre avec un chamane hivernant le long du lac. Finalement n’est ce pas lui qui détient bonne part du secret de ce lieu ?
Peut-être dira-t-il un peu de ses histoires ?

A dans une bonne semaine.
Quentin (et les deux autres, et les esprits !)

P.S. :  Nous sommes au coin du feu. On se raconte des fables qui font peur, minuit approchant. En écho à demain, on raconte ces nombreuses histoires de voitures perdues corps et âmes avec leur équipage au complet, une plaque de glace trop érodée par un mystérieux courant cédant à leur passage. Toujours cette part de peur qui se mèle au beau.

La chose avance, la Mongolie bouge

Samedi, octobre 31st, 2009

Les choses avancent et se précisent en Mongolie ! C’est que si la ville d’Ulaanbaatar est confortable, un petit goût d’ailleurs et d’aventure ne sont pas de trop pour égayer les soirées d’un hiver bien plus précoce que celui de Belgique et de Navarre.

Ceci dit, vous trouverez ici et ici les dernières photos et récits de ma vie citadine de ces dernières semaines.

Il a neigé, il fait -5/ -10 degrés et la neige s’est remise à tomber aujourd’hui.Du -20 va bientôt frapper aux portes des appartements et yourtes bien chauffés. A part quelques activités professorale, je m’évade en géopoésie (vous verrez très vite les premiers résultats) et en projets divers et variés.

Une petite promenade hivernale dans le Nord-Ouest de la Mongolie prend forme : allez voir la fiche technique qui vous mettra l’eau à la bouche sans occulter les ‘petits’ détails pratiques et logistiques.

Julien Lespine, un ami français qui vit en Mongolie et habite à Hatgal, a ramené des photos toutes fraîches des premières chutes de neige dans la région. Non content de retaper une bicoque toute de bois, il développe un projet de tourisme durable en étroite collaboration avec le Parc National et les communautés locales. En toute hypothèse, son activité débutera l’an prochain et un site internet est en cours de fabrication (je vous donnerai des nouvelles de lui).

De surcroît, le Monsieur est de la partie pour l’excursion et il lui prend déjà des envies d’affût à l’élan ou au loup.

Quentin

De la randonnée nordique en Mongolie cet hiver ?

Mardi, octobre 6th, 2009

Il est un pays de plaines et de collines, si grand et si peu peuplé, bien éloigné de tout océan, un pays tout en steppe qui se nomme Mongolie.

J’aime à croire que seul le train peut vous enmener facilement dans ce pays. Prenez un bus vers Bruxelles Gare du Nord puis un train et 40 heures plus tard, vous êtes à Moscou. De là et en quelques arrêts de majestueux métro, vous changez de gare et embarquez dans le Trans-sibérien : 4 jours plus tard, vous avez traversé l’Oural et des forêts infinies de bouleaux, vous avez entrevu l’immensité du Lac Baïkal pendant quelques heures, vous avez deviné l’étendue de la steppe et vous débarquez à Ulaanbaatar, capitale mongole.

Au fil des arrêts sibériens, vous aurez déjà tâté du froid piquant, celui qui assèche instantanément vos narines, qui vous prend à la gorge à chaque respiration. Janvier à Ulaanbaatar vous titillera de ses -20/-30 degré. Mais la ville n’a pas un premier abord très avenant. Et puis vous aurez l’envie d’aller tâter de la vraie nature. Un “petit” coup de bus (24h vers le NW entassés à 40 dans un bus qui ne devrait contenir que 30 personnes, les bagages dans les jambes, sur des pistes défoncées) et vous voici à Moron. Il faudra passer à un véhicule plus petit (un fourgon 4×4 et tape-cul russe) pour accomplir les 100 derniers kilomètres/3 heures qui vous séparent de Hatgal, votre camp de base.

Vous en avez fini des transports en commun et des transports tout court. Maintenant il ne reste plus que vos jambes, vos skis et votre transport amoureux pour ce bout du monde. Vous êtes à l’extrémité Sud d’un des plus grands lacs de Mongolie : le lac Hovsgol. Vous êtes dans une enclave mongole qui pointe son Nord vers la Sibérie (la république de Tuva et celle de Bouriatie). Il n’y a presque pas de yourtes ici, seulement des maisons en bois, il y a des montagnes et des forêts. Les ours dorment mais les loups rôdent. Vous n’êtes pas en Mongolie, vous en Finis terrae

Janvier. Brrrrr… Il va faire immensément froid. Le lac est gelé sur des mètres d’épaisseur. Il y a un peu de neige.

A ce moment, il ne restera plus qu’à chausser une paire de ski, à s’atteler à une pulka et às’observer avancer un peu ou beaucoup. Il ne restera plus qu’à se construire un itinéraire long ou moins long. Et puis surtout il faudra rencontré des gens, ahuris par votre présence, eux qui se terrent et protègent leur troupeau pour passer cette période difficile. Tout le long de la rive gauche du lac hivernent des familles nomades. Plus au NW, passée une chaîne de montagne, vivent les derniers Tsaatan, éleveurs de rennes logeant sous le tipi.

Si la logistique de ce genre de petite excursion risque d’être lourde dans tous les cas, il n’est peut-être pas nécessaire d’investir – en bon Occidental – des fortunes en matériel d’expédition polaire.

Si des gens vivent dans l’hiver mongol depuis des millénaires, peut-être est il possible de simplement s’habiller comme eux : un deel (grand manteau-robe) en soie et peau fourré, des bottes tout aussi fourrées avec leurs chaussons en feutre de 1,5cm d’épaisseur, des mouffles en mouton retourné fourrées, etc.

Pour les skis, peut-être suffit-il de suivre la même recette : faire local et même faire soi-même (voici comment font des voisins presque mongols dans l’Altaï chinois : http://wherewillyouski.blogspot.com/search/label/Making%20Skis ). Et pour la pulka : idem. Construisez un traineau assez solide et léger, fixez des patins d’acier, quelques bouts de cordelette et des tuyaux en pvc pour la rigidité de l’attelage.

Voici le défi lancé.

Voici, le défi vous est lancé !

A bientôt pour des nouvelles des préparatifs.

Quentin