Alors voilà, c’est comme ça que je me suis retrouvé à partir pour 4 jours de raquettes dans les Aravis et à profiter des premières neiges de la saison. Et ce, dans le but de prendre une petite rupture avec mon quotidien pour mieux y revenir.
Une expe. Haaa une expe… Si seulement une expe pouvait un jour se dérouler comme prévu. Mais en même temps, serait-ce toujours une expe ? Bon, là je l’écris de manière assez douce et poétique. Mais au moment où je me faisais cette réflexion, je pensais plutôt à des bœufs. Oui oui, un taureau castré : j’étais en train de comprendre l’expression « un vent à en décorner les bœufs » à un niveau que je n’avais encore jamais expérimenté auparavant. C’était la deuxième nuit de l’expe. J’étais exténué. Pourtant, je n’arrivais pas à dormir. En même temps, le vent soufflait tellement violemment que je créais mentalement des dizaines de scénarios dans lesquels j’imaginais la bâche de ma tente s’envoler, et parfois même le reste de la tente s’envoler avec la bâche. Petit problème : j’étais dans la tente. Et j’avais pas trop envie d’apprendre à léviter cette nuit-là. On va dire que c’était pas les circonstances idéales : trop froid, trop noir, trop fatigué, trop seul. Alors je tente simplement de me concentrer sur ma respiration, et je parviens finalement à me rendormir après avoir essayé durant plusieurs dizaines de minutes. Je me réveille très vite. Puis je me rendors plus vite et plus longtemps. Et petit à petit, j’arrive à me calmer dans cette petite tente plantée dans la neige avec vue sur le Mont Blanc, seul au milieu de nulle part. C’est le chaos à l’extérieur mais je sens le calme s’installer en moi. Le chaos ne devient plus intimidant, mais presque réconfortant. La peur s’est faite remplacée par l’excitation. Et l’excitation, par de la jubilation. J’y arrive : je parviens à être calme dans ce qui semble être une tempête. Un chaos extérieur, qui ne chamboule plus mon ordre intérieur.
Maintenant je me rappelle pourquoi je suis là : j’étais pas venu ici pour cueillir des pâquerettes. C’est chouette de cueillir des pâquerettes. Mais y a un temps pour tout. Et là, c’est pas le moment. Je suis venu pour me tester. Physiquement, mais surtout mentalement. Plus que me tester, je suis venu me reprendre en main. Ca fait un mois que je commençais à me disperser dans ma vie. Je ne m’éloignais pas fortement du chemin qui me semblait juste, mais chaque jour je faisais un pas dans la mauvaise direction. Un pas, c’est pas grand-chose. Mais un pas tous les jours, ca devient une marche. Je marchais dans une direction qui ne me plaisait pas. Lorsqu’on réalise qu’on se perd, il y a deux réactions possibles : soit faire l’autruche, soit admettre qu’on s’est trompé. De mon côté, je pense que la vie est trop courte pour foutre sa tête dans le sable. Alors je tente d’admettre au plus vite mes erreurs. Lorsqu’on parvient à admettre qu’on se perd, il y a de nouveau deux réactions qui me semblent possibles : soit pleurer, soit se reprendre en main. De mon côté, j’apprécie beaucoup pleurer. Mais pas de lamentation. Je garde les pleurs pour la joie, le désir, la frustration, la tristesse et tout un tas d’autres émotions. Mais pas la lamentation. La vie est également trop courte pour chialer sur des petits égarements du quotidien. Alors je choisis de me reprendre en main.
Si le quotidien ne me permet pas de prendre immédiatement un break pour mieux revenir, je résiste jusqu’à ce qu’un créneau se montre. Lorsque je vois le créneau se dessiner au loin, je me prépare. Et lorsqu’il est à ma portée, je lui saute dessus et je l’empoigne. Et pour rien au monde je ne le laisse partir. Ensuite, je plonge dedans et je le consume jusqu’à ce qu’il n’en reste que quelques lambeaux. Et là, en général, je suis prêt mentalement à revenir dans le quotidien. Et je peux me remettre à cheminer dans une direction nouvelle, qui me semble plus juste.
Alors voilà, c’est comme ça que je me suis retrouvé à partir pour 4 jours de raquettes dans les Aravis et à profiter des premières neiges de la saison. Et ce, dans le but de prendre une petite rupture avec mon quotidien pour mieux y revenir.
